Émilie Mercier

Membre du jury 2015

Chalon Tout Court : Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre parcours ?

Émilie Mercier : Je faisais des études de dessin et d’illustration quand je suis allée, par curiosité, au festival d’animation de Bruxelles. J’ai eu un choc important en découvrant que l’animation d’auteur était un monde vraiment infini et très particulier, au carrefour de nombreuses disciplines, pour plusieurs publics et sans grand rapport avec que ce que l’on voyait à la télévision. Seconde découverte : le court métrage était un format qui me plaisait énormément, bien plus que le long. Il fallait absolument que je bifurque de l’illustration vers le cinéma d’animation.

Assez complexée, je me suis dit que je ne pouvais aborder la réalisation qu’en pratiquant et intégrant, un à un, les différents métiers de ma discipline. Heureusement, après une quinzaine d’années, j’ai fini par estimer que j’en savais assez pour oser me lancer dans un premier court métrage (rires), alors que j’avais eu l’idée du film pendant mes études. J’espère bien faire un autre film plus facilement.

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CTC : Quel rapport avez-vous avec le cinéma et particulièrement le court métrage, qu’est-ce qui vous intéresse dans cet art ?

ÉM : Ce qui me fascine dans le format du court métrage, c’est son intensité. Quand j’ai réalisé qu’un film de trois minutes pouvait me laisser une trace à vie alors que je ne l’avais vu qu’une seule fois, je n’ai plus jamais cessé de me déplacer chaque année pour plusieurs festivals. Les courts métrages ne sont pas seulement intenses par leur brièveté, ils sont également assez difficiles d’accès. Leur magie est donc alimentée par la conscience qu’on les voit sans doute pour la seule et unique fois, ainsi que par l’effort qu’il faut faire pour y accéder puisque la télévision les diffuse très peu. Pour moi, ce sont des films qui se méritent.

Bien sûr, j’aime le cinéma et le court métrage en général, mais l’animation est un domaine tellement vaste et, via la technologie, en évolution si rapide que c’est sur cette passion que je me suis concentrée.

Le court métrage sert souvent de banc d’essai aux réalisateurs de fiction, alors qu’en animation, à partir du moment où l’on est dans la vie active, il arrive qu’il soit l’inverse, une somme de travail très importante sans filet de secours donc un grand défi, voire un aboutissement. Cette inversion du rôle du court métrage vient de la complexité de la mise en oeuvre des projets d’animation. Même pour un film assez simple techniquement ou narrativement, en général, il faut avoir absolument tout préparé : par écrit dans un premier temps pour financer le film, il est rare d’improviser sans fonds publics car c’est un tel volume de travail qu’une équipe est souvent nécessaire ; et ensuite, on prépare tout parce que c’est si long à fabriquer qu’il n’y a quasiment pas de rushes. On travaille le montage en pré-production, dans l’animatique (un squelette du film non animé, c’est-à-dire le storyboard filmé), dont on refait les dessins jusqu’à ce que la mise en scène du film en images fixes soit entièrement conçue. Au moment de la production, on se cale sur cette préparation et au montage final, on élimine rarement plus de dix plans.

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CTC : Qu’est-ce qui vous a fait accepter d’être membre du jury de Chalon Tout Court ?

ÉM : Le plaisir de découvrir des films dont la création est beaucoup plus spontanée que ceux que je vois d’habitude ; et l’intérêt pour le scénario, qui est souvent le point faible de l’animation – à cause d’une prédisposition naturelle à investir beaucoup plus d’énergie dans la qualité de l’image que dans le sujet du film. Par ailleurs, on n’a pas si souvent l’occasion d’échanger des points de vues sur le court métrage alors que j’aime les discussions autour des films.

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CTC : Quel(s) intérêt(s) trouvez-vous à ce festival ?

ÉM :  L’idée d’un festival étudiant me plaît beaucoup car je vois les écoles comme un vivier de talents, certains étudiants y trouvent une étonnante liberté. Celle-ci réserve de belles surprises pour un professionnel qui doit toujours composer avec des contraintes importantes. Le festival est aussi une occasion de dialogue avec les étudiants, ce qui me semble toujours intéressant des deux côtés.

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